Une demi-finale historique contre Turin mais sans Pedros suspendu

Une demi-finale historique contre Turin mais sans Pedros suspendu
3-2 : finalement Nantes s'impose mais c'est la Juventus qui ira en finale

A Nantes, ville natale de Jules Verne, on se disait depuis quinze jours qu'en faisant le tour pendant 90 minutes de la défense turinoise, ce serait bien le diable si les Canaris ne trouvaient pas deux ou trois fois l'ouverture. Mais les statistiques ne laissaient que peu d'espace : en 249 matches de Coupes d'Europe (contre 72 aux Nantais !), la Juve, en gagnant chez elle 2-0, n'a été éliminée qu'une seule fois. C'était en... 1967 contre le CSKA Sofia.
Avec les retours de N'Doram et de Makelele, ajoutés au regain de forme de Ouédec, le FCNA joue pourtant la carte de l'attaque. Jean-Claude Suaudeau n'a qu'un seul plan : « Créer un climat électrique tout en gardant son sang-froid à l'intérieur pour ne pas disjoncter. » Une mission à hauts risques vu les « qualités » des Canaris dans ce domaine... De son côté, la Juventus veut cette Coupe pour enfin effacer celle de 1985 acquise dans les conditions que l'on sait, au stade du Heysel à Bruxelles. Et puis, de l'autre côté des Alpes, comme le résume bien Deschamps, « il Francese », « une élimination en demi-finale de la Ligue des champions et une deuxième place au championnat (Milan est loin devant, NDLR), cela équivaut à une saison ratée »...
Les joueurs de Marcello Lippi sont d'ailleurs les premiers dans l'action. En cinq minutes, par Vialli et Del Piero, ils arrivent à faire taire les 34.000 spectateurs. Le double rideau défensif italien fonctionne à merveille et Nantes ne touche pas un ballon. Les rares possibilités de contre sont vite gaspillées. « Il faut de la vitesse et de la précision », avait dit Suaudeau. La Juve manie bien les deux, profitant en plus des relances moyennes d'une défense nantaise très fébrile. Le fameux premier quart d'heure vient de prendre fin. On se dit que cela va être très dur. Trop, quand Vialli, après une volée manquée de Ferrara, récupère le cuir aux 6 mètres et trompe Casagrande d'une pichenette. Vous avez le bonjour du « truqueur » ! Les Italiens monopolisent le ballon et créent des boulevards dans l'arrière-garde nantaise. A la 32e, Ravanelli est près de doubler de la mise mais Casagrande intervient in extremis à la limite de sa surface. « Italia, Italia ! » scandent les 300 à 400 supporters turinois, la Juve étant le dernier représentant de la Péninsule à ce niveau-là...
Ouédec remplacé par Gourvennec, Kosecki visiblement pas dans un grand soir, N'Doram peu sollicité... A part Makelele omniprésent au milieu, on se demande comment Nantes va s'y prendre. Heureusement, il reste les coups de pied arrêtés. 44e minute : corner de Gourvennec, Capron place une superbe tête. Perruzzi est battu. Mais M. Puhl ne valide le but qu'après que Decroix eut mis enfin le cuir au fond des filets d'une frappe rageuse. 1-1.
A la pause, Del Piero est remplacé par Paulo Sousa. Les Turinois voudraient-ils déjà en garder sous la semelle en prévision de la finale ? La réponse arrive du remplaçant lui-même. Une transversale interceptée par Vialli qui lance le Portugais dans le dos de Capron. 2-1 (47e).
Il reste vingt minutes à jouer. Ne reste plus maintenant qu'à sauver l'honneur. Les Jaunes jettent leurs dernières forces dans la bataille. N'Doram, aligné malgré un péroné fissuré, recommence à avoir des fourmis dans les jambes. Bien lancée sur la droite, sa frappe ne laisse aucune chance à Perruzzi. 2-2 (71e), la Beaujoire retrouve enfin la voix. Quelques instants plus tard, le Tchadien est bien près de remettre ça mais il lui manque quelques centimètres pour reprendre victorieusement un centre de Makelele. Nantes montre enfin son vrai visage. Les Turinois baissent, il est vrai, d'un ton. Renou, entré au jeu peu de temps auparavant, concrétise la nette domination de son équipe, après avoir été bien démarqué par Cauet (3-2, 85e). Bousculée, asphyxiée, la Juve n'en peut plus. Et les Nantais continuent de pousser, malgré le temps qui passe, inexorablement. La qualification s'est envolée depuis longtemps, peut-être, en fait, depuis quinze jours, mais ils tiennent enfin leur revanche. Et la savourent jusqu'à la dernière seconde.
Trois buts. Nantes a quelque part rempli son contrat. Et même si c'est la Juve qui affrontera l'Ajax à Rome, les Canaris peuvent être légitimement fiers de leur parcours européen puisque jamais auparavant le club n'avait atteint ce niveau-là de la compétition. Mais il reste comme un goût d'inachevé. Et plus que la déception, les joueurs de Suaudeau peuvent avoir quelques regrets. De ceux qui forgent l'expérience.

http://www.humanite.fr/journal/1996-04-18/1996-04-18-750086

Demi-finale match aller : 03/04/1996

Juventus-FC Nantes Atlantique : 2-0

FC NANTES : Casagrande - Le Dizet, Capron, Decroix, Carotti, Pignol - Cauet, Ferri, Gourvennec (Chanelet 46e) - Ouédec (Peyrelade 86e), Kosecki (Guyot 69e)
Entraîneur : Jean-Claude Suaudeau.

Buts : Viali (49e), Jugovic (66e) pour Juventus FC.
Avertissement : Carotti (13e), Gourvennec (24e), Ferri (56e), Guyot (75e), Pignol (80e), Le Dizet (82e).
Expulsion : Carotti 45e

Demi-finale match retour : 17/04/1996

FC Nantes Atlantique-Juventus : 3-2

FC NANTES : Casagrande - Chanelet, Capron, Decroix, Pignol (Peyrelade 87e) - Makélélé, Ferri, Cauet, N'Doram - Kosecki (Renou 62e), Ouédec (Gourvennec 38e).
Entraîneur : Jean-Claude Suaudeau.

Buts : Decroix (43e), N'Doram (68e), Renou (82e) pour Nantes; Viali (17e), Sousa (50e) pour Juventus FC .
Avertissement : Casagrande (34e), Pignol (45e), N'Doram (81e), Decroix (85e)
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# Posté le dimanche 21 mai 2006 06:14

Modifié le lundi 22 mai 2006 17:50

L'EURO 1996 : les bleus sorti en demi-finale

L'EURO 1996 : les bleus sorti en demi-finale
Les Bleus, Tchèques et mat !

REYNALD PEDROS baisse la tête. Ses cheveux, du coup, lui mangent les yeux. On vient le consoler, comme on fait toujours en pareil cas. Mais rien n'y fait. L'ex-Nantais, à l'instant des tirs aux buts, a eu le sort de cette demi-finale au bout des pieds. Au moment où les nerfs sont en pelote et les crampons bien plus lourds qu'on le voudrait. C'en était trop. L'équipe de France de football, trois jours après les Pays-Bas, a recommencé un coup de poker après 120 minutes de jeu sans âme ni but et tiré, cette fois, la mauvaise carte. Il s'en est fallu d'une poignée de secondes en bout d'après-midi pour anéantir la porte du rêve.

Cette demi-finale ressemble d'abord à une aimable partie d'avant-saison, quand les effluves de la compétition n'ont pas encore échauffé les esprits ni les talents. Le cadre s'y prête parfaitement : douce température, public plutôt clairsemé. Et scénario de jeu adéquat. Dans ce cadre, chacun tient grosso modo son rôle. L'équipe de France, favorite désignée, porte le plus souvent le ballon. Les Tchèques, qui ont entonné ces deux derniers jours un refrain du genre « on n'a aucune chance », font le dos rond, hermétiquement déployés devant leur gardien.

Aimé Jacquet savait où il mettait les pieds. « Les Tchèques abandonnent volontiers l'initiative du jeu », analysait-il avant le match. Sa réponse n'est pas tactique, mais de circonstance. Lamouchi remplace Karembeu, suspendu, et Roche prend les habits de Desailly, monté d'un cran en raison du forfait de dernière heure de Deschamps, victime d'une légère contracture. De fait, les Bleus viennent s'aimanter sur le triple rideau défensif tchèque, sans pouvoir ouvrir la moindre brèche toute une mi-temps durant. Un corner et un tir non cadré de Desailly en tout et pour tout !

Les coéquipiers de Nemecek, trop heureux de leur statut d'outsider, en rajoutent même dans le style récupérateur besogneux tout en délivrant quelques contres incisifs, comme autant d'avertissements. Le spectacle en souffre, la faculté d'inventivité des Bleus également. Les voilà malhabiles devant le problème proposé, persistant à recentrer le jeu au risque de se priver d'espace et à isoler les deux têtes de pont que sont Loko et Djorkaeff. Du coup, c'est un football comme emprunt de lassitude que proposent les Français, où les actions sont à peine balbutiées, avec un nombre excessif d'approximations, voire de fautes techniques.

Il faut attendre l'heure de jeu pour qu'une mèche enfin s'allume. C'est Youri Djorkaeff qui en prend l'initiative d'un tir flottant s'écrasant sur la barre transversale (61e). Cela pouvait-il être le déclic ? Le jeu s'accélère en tout cas. Et s'élargit. Un centre venu du côté droit permet à Djorkaeff d'oser une reprise de volée qui inquiète encore Kouba. L'entrée en jeu de Pedros, en remplacement de Lamouchi, dynamise un temps les solutions offensives. Sur un service en profondeur du néo-Marseillais, Zidane se trouve soudain démarqué mais son tir n'est pas cadré (66e). Les Français accélèrent et les Tchèques montrent à leur tour des signes de lassitude, eux qui s'étaient imposés en début de match un pressing éprouvant physiquement. Ils s'efforcent pourtant de rester dangereux en contre jusqu'aux prolongations, avec Berger d'abord puis Nedved, impeccablement servi.

Les Bleus croyaient avoir pris l'ascendant psychologique à défaut de mener à la marque ; ils redécouvrent des Tchèques accrocheurs et se retrouvent du même coup face à leurs propres insuffisances dans ce match, démultipliées cette fois par une fatigue pesante. On sent les crampons pesants, les passes hasardeuses et les esprits embrumés. Le temps qui passe redonne de l'espoir et des espaces aux Tchèques. Ils obtiennent en prolongation leur premier corner du match. Un signe. Et Berger, puis Poborsky ne s'étaient jamais approchés aussi près des buts de Lama. Blanc, dans les ultimes minutes, n'a plus la force pour redresser la situation avant les tirs au but.

Cruel épilogue. La place en finale se joue sur un coup de dés. La France a eu la main heureuse en quart mais la chance est passée. Pour n'avoir pas su conclure avant, ils se livrent au supplice. Zidane, Djorkaeff, Lizarazu, Guérin et Blanc - d'un rien ! - réussissent leur série, mais les Tchèques font de même. Arrive Pedros, entré en cours de match, en cours d'Euro pourrait-on dire. Son tir est écrasé, mal cadré. Kouba se couche sur le ballon et Kadlec ensuite n'a plus qu'à parapher le travail. La France bute aux portes de Wembley. Par attentisme ? Par inexpérience ? Peut-être les deux à la fois ? Toutes les leçons valent d'être retenues. Le Mondial 98 a commencé à Old Trafford.

http://www.humanite.fr/journal/1996-06-27/1996-06-27-755252

Après l'euro 1996 pour Pedros l'aventure en équipe de France ne va continuer que pendant deux petits match : lors de son dernier match en France au Parc des Princes contre le Mexique Reynald Pedros est sifflé à chacun de ses mouvements par des crétins (des mecs qui connaissent rien au football). Son dernier match a lieu contre le Danemark, en novembre 1996.

# Posté le dimanche 21 mai 2006 06:30

Modifié le lundi 22 mai 2006 17:43

Une carrière gâchée

Une carrière gâchée
Reynald Pedros, perdu de vue

Avec sa bouille de gamin, il est arrivé dans le paysage du foot français comme une comète, puis s'est perdu en chemin. On retrouve sa trace à Lyon, non titulaire, alors que le club se déplace à Lens en Coupe.
IL enfile un dossard rouge et part s'entraîner avec les réservistes de l'OL. La veille, Reynald Pedros, vingt-sept ans, n'a pas joué, ne figurait même pas sur le banc de touche. Bernard Lacombe l'a exclu du groupe appelé à rencontrer Bordeaux mardi soir. Bordeaux, justement. C'est en Gironde que Pedros, joker lyonnais, avait débuté avec son club le 8 novembre dernier. Dix-neuf matches après (dont quatre en Coupe de France), ça grogne parmi les supporters venus assistés au décrassage. "Pedros ? Il n'apporte rien. Pour un professionnel, il fait que dalle. Il attend le chèque à la fin du mois."
Son entraîneur, Bernard Lacombe, qui affirme sans rire que "après dix-neuf matches, il fallait le laisser souffler", ajoute : "Il n'ose pas. Il ne joue pas à fond par rapport à ce qu'on était en droit d'attendre de lui. En tout cas, c'est mon meilleur footballeur." Le meilleur footballeur en question ne décolère pas : "Je respecte le choix, mais c'est une surprise. Je le prends comme une sanction. Je suis hyper déçu. Je suis venu ici pour essayer de décrocher une place européenne. Je n'ai pas d'états d'âme. Je n'ai aucun problème avec personne. Me sortir peut faire penser à certains du groupe que j'ai des problèmes."
Depuis Nantes et ce titre de champion de France en 1995, la trace de Pedros est difficile à suivre. Après le sacre, il reste encore un an en Bretagne. Puis rejoint Marseille. Déception. Transfert en cours de saison à Parme. Quelques mois et quelques blessures plus tard, on le retrouve à Naples, puis finalement à Lyon, un club sans grande pression, aux bons salaires. Quatre clubs en un an, ça ne rime pas à grand-chose, vous colle rapidement une étiquette de talent gâché mais paraît quand même assez révélateur de notre foot d'aujourd'hui, libéral et moulinette.
Pedros, lui, revendique des mauvais choix et les assume, seul. Son entourage, il le trouve "très sain. Et je ne suis pas entouré de beaucoup de monde". Son impresario, Alain Migliacio, est "un ami, en qui j'ai une grande confiance. Il a toujours été hyper honnête avec moi. Il m'a toujours conseillé, donné son avis, mais c'est moi qui ai décidé. S'il y a faute, c'est à cause de moi." Bernard Lacombe, qui raconte pourtant des histoires bien salées sur d'autres joueurs très connus et l'influence néfaste de leur manager, rejette l'hypothèse d'un Pedros à qui on aurait donné le tournis. Quand on lui rapporte les bruits de couloir faisant état d'un passage de Marseille à Parme sur fond de pont d'or offert et de commission double (deux transferts en quatre mois) pour son agent, Pedros lâche un "Quelle bande d'enculés !" crédible.
La déroute
après Parme
"On peut faire des erreurs, c'est possible. Je veux bien accepter les responsabilités", précise son impresario. Quant aux commissions touchées, sa réponse en laissera perplexe plus d'un : "Ça fait quinze ans que je suis dans le métier, je ne suis pas à 200.000 francs près." Alain Migliacio, à propos du passage de Marseille à Parme, dit également "l'avoir revendu parce qu'on était dans une impasse sportive". Fatigué après l'Euro, loin de son niveau dans un OM fraîchement monté en D1 et pas bon, pris en froid par les supporters, Pedros n'était plus en odeur de sainteté avec le club phocéen. Migliacio vend plus cher Pedros à Parme qu'il ne l'a transféré de Nantes à Marseille : 22 millions contre 12 (selon ses chiffres).
Après de sérieuses blessures, Pedros se traîne à Parme. Alors, il fait "un très très mauvais choix", insiste-t-il. Deux mois à Naples, un match et demi sur la pelouse. Le directeur sportif et l'entraîneur, dont il ne se souvient plus du nom aujourd'hui, le veulent. Ils sont virés deux semaines après son arrivée. On connaît la suite. Il dit qu'on l'a blousé, que les engagements et les paroles n'ont pas été tenus. On lui dit qu'il est naïf. Il répond : "Je ne veux pas penser que les gens sont malhonnêtes." Il se reproche d'avoir "décidé trop vite. J'ai été guidé par ma bonne foi". Il regrette également : "J'ai pris pas mal de décisions par rapport à l'équipe de France. Monsieur Jacquet a dit qu'il fallait être titulaire pour jouer la Coupe du monde. Je n'ai pas su faire la différence entre être sur le terrain et être bon."
Jouer, absolument jouer. Alors, il a fait un peu n'importe quoi et en convient. Il semble qu'il n'ait pas su s'adapter à d'autres styles que celui qui l'a formé Ä l'école nantaise Ä ni tué le père Ä Jean-Claude Suaudeau. "J'ai une très grande fierté d'avoir travaillé avec lui. C'est un casse-couilles mais c'est quelqu'un de super. Il apporte un tel savoir sur le plan du jeu. J'étais comblé quand j'étais avec lui. C'est difficile de trouver ça ailleurs."

http://www.humanite.fr/journal/1998-04-11/1998-04-11-413864
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# Posté le dimanche 21 mai 2006 06:34

Modifié le lundi 22 mai 2006 17:42

Pedros à Naples

Pedros à Naples
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# Posté le dimanche 21 mai 2006 06:36

Pedros à l'OL

Pedros à l'OL
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# Posté le dimanche 21 mai 2006 06:37